
Maigrir, c’est accepter de se créer une nouvelle image ; une image différente de ce que les autres ont longtemps vu de nous et qui a fini par nous définir malgré nous.
Je me suis fait traiter de « grosse vache » pendant des années, y compris lorsque je pesais 55 kg pour 1m60. À l’époque, j’avais déjà un peu de ventre et une forte poitrine. J’étais ado, je complexai sur mon apparence, alors je me suis mise à y croire. Lorsque j’ai pris plus de 35 kg à cause d’un problème de santé et que j’ai réentendu cette insulte, je n’ai pas fait qu’y croire. Je m’y suis identifiée.

Nous décidons de maigrir. Nous entamons une série de mesures plus ou moins pertinentes, et nous commençons à perdre du poids. Nous changeons. Notre entourage s’en aperçoit, puis nous nous en apercevons à notre tour. Nous sommes fiers, et soulagés (dans un premier temps). Mais nous ne sommes pas pleinement satisfaits. Puis, après quelque temps, la machine corporelle s’emballe dans le sens inverse. Nous reprenons du poids, malgré nous. La guerre ouverte est déclarée : une guerre sans pitié contre les kilos superflus, contre notre corps et l’image qu’il véhicule…
Pourtant, malgré ce conflit ouvert, nous oublions un autre combat essentiel qui se vit en silence dans les profondeurs de notre inconscient. Ce combat, c’est le refus de céder, d’abandonner un critère qui était devenu malgré nous une part intégrale de notre identité sociale.
« Nous sommes nombreux à nous laisser handicaper moralement et à nous rendre nous-même victimes d’idées reçues. » Dr Wayne W. Dyer
Pourquoi je ne maigris pas ?? Maigrir, c’est accepter de perdre cette étiquette. C’est renoncer à un critère auquel nous avions inconsciemment choisi d’adhérer pour nous définir. Maigrir, arriver à faire le deuil !
Pourquoi est-ce si difficile de tourner une page qui nous fait autant souffrir ?
Parce que nous avons « un repère » qui nous permet de nous décrire, un repère auquel se rattacher pour se définir aux autres des autres, et donc, exister !
Maigrir, c’est lâcher prise, abandonner cette étiquette qui définissait notre image et à laquelle nous avons donné du crédit à chaque fois que nous nous le répétions au fond de nous. Maigrir, c’est accepter de ne plus exister de la sorte. Et maigrir, c’est également accepter d’adhérer à une nouvelle étiquette que l’on finira tôt ou tard par nous attribuer.
Cette perte de repère, ce changement terrifie et nous n’en avons pas toujours forcement conscience. Est-ce qu’en abandonnant ce critère, cette étiquette que j’ai validé pendant des années, je me perds moi ? Est-ce qu’avec je perds mes valeurs, mon identifié, mon être ?
Bien sûr, il y a la réponse cartésienne, celle qui dit non. L’apparence n’est pas ce qui me définit en tant qu’individu, ce n’est pas « qui je suis ». Il s’agit seulement et uniquement d’un des multiples fragments qui participent à me définir.
Et puis il y a le cri émotionnel, propre au parcours et au ressenti de chacun. Cette réponse du cœur est-elle empreinte de peur ? D’angoisse ? Alors, il y existe un blocage qui se manifestera au cours du processus de la perte de poids. « Si je m’identifie trop fortement à l’étiquette négative liée à mon surpoids, je ne pourrais pas descendre et me stabiliser en dessous du seuil inconscient qui colle à cette définition que je m’en fais. »
Ma petite histoire d’étiquettes, la raison de mon « pourquoi je ne maigris pas »

Alors, que s’est-il passé ?
J’aurais pu avoir 3 comportements :
- m’obstiner à maigrir coûte que coûte et retomber dans le cercle vicieux des régimes et de la privation
- abandonner et me dire que je resterai grosse toute ma vie
- continuer d’écouter mon corps, ses besoins, ses envies, me faire plaisir, manger sain ET gourmand, et m’atteler au véritable problème : mes étiquettes, celles qui vont à l’encontre de mon objectif poids et santé
Si tu es un habitué de mon blog, tu commences à connaître ma philosophie. Et si tu as lu cet article jusque là, je pense que tu as trouvé quelle option j’ai choisi au final.
- Mon corps a ses raisons que la raison ignore

J’ai donc décidé de continuer ma démarche, de manger à ma faim, de me faire plaisir, de pratiquer la pleine conscience et d’arrêter temporairement mon suivi poids/mensurations. La raison est simple : en me focalisant sur ses chiffres, j’avais peur de retomber dans le cercle des privations pour maigrir à tout prix. Il ne s’agit pas pour autant d’adopter la politique de l’autruche.
Ma perte de poids stagne. Mais je comprends qu’elle s’est arrêtée pour de bonnes raisons (selon le point de vue de mon inconscient tout au moins, il veut que j’arrête de foutre le bordel dans ses petites étiquettes).

Changer d’étiquette pour quoi ? Comment se situer dans cette transition où nous ne sommes plus « gros » mais pas encore « mince » ?
Comme je le mentionnai plus haut, l’abandon d’une étiquette qui nous qualifie est terrifiant. Nous pouvons avoir la sensation de perdre une partie de nous. Se libérer de cette peur du changement, c’est avoir le choix de remplacer l’ancien par une nouvelle étiquette à laquelle nous adhérons totalement, y compris émotionnellement. D’ailleurs, cette nouvelle étiquette peut ne pas correspondre au point d’arrivée, à l’image que nous aimerions un jour atteindre. Nous ne passons pas d’un seul coup de « gros » à « mince ». Il existe toute une zone de transition où nous nous voyons nous affiner, où nous quittons notre zone de surpoids maximum et où nous allons vers la minceur. Nous allons vers la minceur, nous ne l’avons donc pas encore atteinte. Cette zone de flou est perturbante dans le petit monde des étiquettes où tout a un nom et où tout rentre dans une case bien précise. Tu imagines le souk administratif que nous sommes en train de mettre dans notre bureau mental qui s’appelle « inconscient » ?
Dans le processus de perte de poids, le corps et le mental évoluent peu à peu, souvent à des rythmes différents. Pourtant, pour réussir une perte de poids suivie d’une stabilisation sur le long terme, inconscient et silhouette doivent se transformer main dans la main pour s’entendre et s’ajuster.
Les raisons qui freinent ou bloquent la perte de poids sont nombreuses. Ainsi il n’existe pas une seule et unique réponse à la question « Pourquoi je ne maigris pas ? »
- le problème peut être d’ordre purement physiologique après un régime et des privations excessives comme je l’ai évoqué dans « ma démarche pour mincir durablement sans régime et sans privations »
- les blocages psychologiques peuvent avoir des origines diverses. Tu trouveras ici les 4 principaux blocages psychologiques qui peuvent faire obstacle à la perte de poids.
Comment savoir si je ne maigris pas à cause d’un souci d’étiquettes ?
Voici quelques situations qui peuvent te mettre la puce à l’oreille :
- Tu n’arrives pas à descendre et à rester en dessous d’un certain poids. Tu montes sur la balance et tu vois avec joie que tu es descendu sous les xx kg… et dans les jours qui suivent, tu as des compulsions alimentaires ou des envies de grignotages, « d’écarts » qui pointent leur bout de leur nez sans véritable raison apparente. La situation boucle et se représente à chaque fois que tu descends sous ce poids symbolique.
- Quand tu te regardes dans le miroir, tu commences à voir une réelle différence. Tu t’es affiné, c’est indéniable. Tu es content et tu commences à avoir des émotions et remarques positives à propos de ton corps et de ton apparence. Pourtant, tu t’aperçois que sous la joie tu te sens un peu angoissé, nerveux. Une petite anxiété apparaît et s’installe à chaque fois ou presque que tu t’observes longuement dans un miroir.
- Tu remarques que le regard des autres a changé et cela te perturbe. Peut-être que les insultes et les remarques désobligeantes ont fortement diminué et pourtant les compliments n’arrivent pas encore. Ce « vide », cette absence d’attention est étrange à gérer. Des angoisses plus profondes peuvent apparaître : celle de devenir invisible, de ne plus exister, de perdre sa place, de ne pas être reconnu, etc.
- Ta routine d’avant a changé. Tu as perdu de nombreux kilos et tu peux faire des choses qui avant étaient compliquées. De même, certaines habitudes créées à cause du surpoids n’ont plus lieu d’être. Tu as du mal à t’y habituer, c’est déstabilisant.
Comment faire pour recommencer à maigrir ? Comment résoudre ce problème d’étiquettes ?

Je te propose toutefois d‘explorer ces quelques pistes pour aider ton inconscient à faire le ménage dans ses étiquettes :
- Qu’elles sont les étiquettes qu’ils m’ont construites ? Les remarques que j’ai souvent entendu sur mon apparence ?
- Pourquoi leur ai-je donné raison ? Du crédit ?
- Qu’elles sont les aspects positifs qui peuvent être associés à ces images ? (Ça, c’est l’étape la plus dure. Après des années de stigmatisation, il peut paraître inconcevable que du positif existe. Pourtant, crois-moi, si ton inconscient s’y accroche c’est qu’il en a identifié et qu’ il ne veut pas le lâcher)
- Comment puis-je ré intégrer/conserver ces aspects positifs dans ma vie sans passer par ces étiquettes ? Ou au contraire, je ne me retrouve plus dans ces critères et je décide de les abandonner. Dans ce cas, suis je prêt à tourner cette page de ma vie ?

Être un soutien pour mes proches est une valeur importante pour moi. C’est cela le positif auquel mon inconscient de raccroche. Si j’arrête d’être « une vache » qui nourrit les autres, je prends le risque de ne plus être en accord avec moi-même, ne moins m’ aimé ou de moins me sentir aimé. Est-ce que j’accepte cela ? Est-ce que je me sens prête pour ça ? Où dois-je choisir une étiquette qui véhicule cette valeur tout en étant dénuée du sens primaire lié au surpoids ?
En répondant honnêtement à ces questions, je m’offre l’opportunité de me libérer étiquettes qui m’enferment.
J’espère que cet exemple t’aura permis d’y voir plus clair. À ton tour maintenant de faire le tri parmi tes étiquettes inconscientes et à jeter celles qui n’ont plus lieu d’être pour avancer plus librement.


Merci pour cet article,
le coté psychologique est très important dans la perte de poids. Une solution peut être de maigrir par palier. Faire une période de perte de poids puis faire une période de maintient pour valider et s’habituer à ce nouveau poids. Puis on reprend une phase de perte de poids.
merci pour tes articles ils sont très interessant je les lis avec motivation, par contre je n’arrive pas à telecharger ton livre peut tu m’aider cela me ferait plaisiir merci dans tes articles je me reconnais mais je n’est pas le déclic merci Aby
Bonjour,
J’ai bien reçu ton message et je t’en remercie. Je t’envoie un mail dans la foulée avec le livret 🙂
Je recherchais des articles sur les blocages psychologiques liés à la perte de poids et je suis tombée sur votre article… Je suis bluffée car je me retrouve totalement dans le système du blocage. 4 ans que j’essaie de perdre du poids et que je bloque à un poids bien précis… Des que je m’y approche, je retrouve des compulsions de grignotage et regrossis… Je m’en suis rendu compte il y a peu… Je n’arrive pas à savoir d’où vient le blocage car il y a plusieurs pistes à explorer mais j’ai l’impression que ça serait trop dur de le faire seule… Que conseillez vous ?
Merci pour cet article on se sent moins seule 🙂
Bonjour Mimi et merci pour votre commentaire.
Si vous sentez des compulsions refaire surface à chaque fois que vous travaillez un point précis, félicitation, vous avez fait une prise de conscience importante. Déjà, il est essentiel de ne pas vous malmener. On ne se libère pas d’un blocage par la force.
Vous évoquez deux problématiques :
La première, et vous avez raison, il n’y a rarement qu’ une seule origine à nos blocages. Le mieux est de ne pas s’éparpiller. Explorer les pistes qui s’offrent à vous l’une après l’autre. Avec du temps et de la patience, vous lèverez des blocages.
La deuxième, c’est que vous ne vous sentez pas de le faire seule. Ça aussi, c’est tout à fait légitime. Parfois, on ne sait pas par où commencer ou on doute tout simplement de soi. Dans ce cas, n’hésitez pas à faire un petit tour dans la rubrique lectures saines du blog. J’y partage les lectures qui m’ont vraiment plu et qui peuvent vous épauler dans votre démarche. Et si jamais vous ressentez une très forte angoisse à l’idée de travailler sur vos blocages seule, n’hésitez pas à vous faire accompagner par un thérapeute. Celui-ci pourra vous aider à déverrouiller un blocage très profond.
Bonjour,
merci pour votre réponse 🙂 J’ai acheté le Kindle du livre que vous conseillez dans l’article, « perte de poids, le déclic émotionnel » du Dr Pascale Faure-Vincent et ça m’aide à prendre conscience de certains blocages. Même si j’en suis qu’au début et que le chemin risque d’être long, rien que le fait de vouloir me pencher sur ces blocages ont fait cesser mes compulsions, mon inconscient doit être content que je veuille agir 😉
Je pense faire appel à un thérapeute pour m’aider lorsque le confinement sera terminé.
Je vous souhaite une très belle journée et une très belle continuation et peut-être à bientôt sur votre blog.