Emotions et alimentation, Habitudes alimentaires, Le sucre

Après régime, addiction au sucre… Jaina nous parle de son parcours

Le mois dernier j’ai eu la chance d’échanger avec Jaina, du blog Ohmybody pour discuter de son expérience d’après régime ainsi que d’addiction au sucre. Et je te fais partager tout ça ! J’ai retranscrit ici les passages importants. Tu peux retrouver la totalité de l’interview au format audio, ci-dessus. Clique sur le bouton play du lecteur situé au dessus pour l’écouter directement ou fais un clic droit ici pour le télécharger (et l’écouter plus tard sur ton smartphone par exemple).

Aby : Bonjour Jaina. Peux-tu te présenter pour les personnes qui ne te connaîtraient pas encore ?

Jaina : Bonjour Aby. Je suis l’auteur depuis fin 2015 d’un blog qui s’appelle OhmyBody et qui est concentré sur la thématique de l’addiction au sucre. J’avais envie de partager mon expérience de régime restrictif, le régime Dukan ; comment ce régime a développé chez moi un vrai problème comportemental avec le sucré et comment est ce que je m’en suis sortie depuis.

Aby : Tu évoques un régime et une addiction au sucre suite à ce régime. Pourquoi avoir fait le choix de faire un régime et comment, concrètement, cette addiction au sucre est apparue ?

Jaina : Ce qui m’a poussé à faire un régime est le fait que j’ai été en surpoids toute mon adolescence et celui-ci m’a causé un mal être, comme à beaucoup de filles. J’ai donc voulu faire quelque chose et une amie m’a recommandé le régime Dukan. En plus, le propre du régime Dukan est de permettre de manger uniquement certaines familles d’aliments à volonté. Cette possibilité de manger à volonté était quelque chose qui me rassurait. J’ai donc commencé ce régime et je l’ai tenu pendant 9 mois.

En 2010, le régime Dukan autorisait également tout ce qui était édulcorant, à volonté, alors qu’il interdisait tous les sucres, y compris la consommation de fruits. Ce régime ne m’a pas incité à contrôler mon envie de sucre, et comme je me restreingnais sur tout un tas d’aliments, j’ai eu de plus en plus envie de me faire plaisir à travers le goût sucré.

Aby : Donc, en résumé, c’est ce côté très restrictif que tu as cherché à compenser à travers la recherche du goût sucré et qui a développé chez toi une sorte d’idolâtrie du goût sucré ?

le stress a augmenté mon envie de sucreJaina : On peut carrément dire ça. Cela a été progressif et ce qui a été compliqué, c’est quand j’ai voulu arrêter le régime car je n’ai pas su trop comment faire. Je savais que si je recommençais à manger comme avant je risquai de reprendre du poids et en même temps, tous ces gâteaux que je m’interdisais depuis des mois ce sont mis à véritablement m’obséder.

Aby : Tu soulèves des choses importantes. La première est que le régime ne t’as pas appris a bien manger, ni inculquer un rapport sain avec la nourriture bien qu’il ait permis de perdre du poids. Et ensuite, tu évoques effectivement l’impossibilité de revenir à l’ancienne façon de s’alimenter.

Jaina : J’ai jamais vraiment cru qu’il serait possible de faire une phase de régime puis de remanger comme avant, car lorsque l’on est dans une prise de poids régulière, cela veut bien dire qu’à la base, la façon dont on s’alimente ne va pas. J’avais en tête que mon alimentation devait changer, mais j’avais également envie de pouvoir manger tout ce que je voulais, quand je le voulais, sans conséquence. Et ce fantasme, je l’ai entretenu pendant longtemps après l’arrêt du régime. Je me souviens qu’à la découverte du principe de la phase de stabilisation du régime Dukan, qui est de manger une journée par semaine uniquement des protéines, à vie, je me suis dis “oula la, une phase de régime à vie c’est pas possible, je ne le ferais jamais.

Aby : Tu parles d’après régime où on ne va pas adopter le même type d’alimentation qu’au départ, surtout si on a pas un poids stable et que l’on grossit continuellement. Dans ce cas, c’est une aberration de penser que l’on puisse revenir à son alimentation d’origine. Mais je vais rebondir sur cette phase de stabilisation à vie. Je pense sincèrement que si l’on doit se restreindre ou encore faire attention à ce que l’on mange, à vie, on est jamais sorti du régime. Pour moi, un “régime” qui va marcher, c’est un régime qui va nous réconcilier avec notre façon de se nourrir. Et du coup, lorsque l’on fera un excès alimentaire, on n’aura pas spécialement besoin de réfléchir à comment le gérer mais cela sera quelque chose qui sera devenu un réflexe spontané dans notre façon de s’alimenter.

Jaina : J’ai exactement le même avis que toi. On va rester dans le régime à vie à partir du moment où l’on suit une méthode qui n’est pas à l’écoute de son corps et qui ne nous permet pas de connaitre également comment on réagit à certains types d’aliments ou à un certain volume de consommation d’aliments. Je pense que cette connaissance de soi est plus important qu’une méthodologie extérieure.

Aby : Je vais compléter. L’écoute de soi et de son corps sont très justes, mais je pense qu’il nous manque dans également une éducation nutritionnelle pour connaitre les besoins de notre corps et comment y répondre. En associant les deux, écoute du corps et un minimum de connaissance nutritionnelle, à la fois nous pouvons nous sentir bien dans notre corps et dans notre rapport à l’alimentation et également développer une réelle alimentation santé. Les régimes contiennent peu d’informations nutritionnelles pour notre permettre cela sur le long terme.

Jaina : Exactement.

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Aby : Tu nous parles de cette période de régime, de l’après régime difficile avec l’apparition de cette addiction au sucre. Où en es-tu aujourd’hui ?

Jaina : Aujourd’hui, je peux dire que je m’en suis sorti à 90%. Je ne dis jamais que je m’en suis sortie complètement parce que c’est quelque chose qui fait presque parti de mon identité. Les gens me connaissent comme cette personne qui aiment le sucré et c’est encore un peu difficile de ne pas prendre de gâteau lorsque je suis en société même si j’en ai moins envie qu’avant. Mais en ce qui concerne l’addiction et la perte de contrôle que j’avais face au sucré, j’ai fait un énorme travail et d’énormes projets et je peux dire que je m’en suis sortie. Je suis sortie des troubles du comportement alimentaire et ça, ça a été ma plus grande victoire. Et c’est tout ce travail que j’essaie de partager avec les gens parce c’est pas facile de s’en sortir et l’addiction au sucre peut être quelque chose d’handicapant au quotidien. Je n’ai pas une philosophie de zéro sucre. Je communique autour d’une reconquête du contrôle par rapport au sucré, de mettre les gens en garde que le sucre consommé en trop grande quantité est néfaste pour la santé et qu’il y en a partout dans notre alimentation moderne.

Aby : Dans ton parcours, y a t il un conseil que tu aurais aimé recevoir pour t’aider à passer ce cap de l’addiction au sucre ?

Jaina : Le premier conseil, que l’on m’a d’ailleurs donné et que je n’ai pas suivi à l’époque, est de s’arrêter à temps dans la perte de poids, car on a tendance à vouloir toujours perdre plus. C’est un des problèmes des régimes qui focalisent davantage sur le poids et la balance que sur la silhouette, car lorsque l’on atteint ce chiffre, on est pas forcément content car la silhouette peut ne pas être celle que l’on désire. Et c’est quand on rentre dans cette phase de perte de poids, en voulant aller “au-delà” que l’on se met de plus en plus en danger de reprendre tout le poids perdu. Mon deuxième conseil est quelque chose que je me suis dit trop tard. En arriver à la boulimie et à se faire du mal lorsque j’étais dans cette phase de trouble alimentaire et où je ne voulais surtout pas regrossir, ça n’en vaut pas la peine ! Les 70 kg quand j’ai fini mon régime et les 65 kg que je faisais au moment ou j’étais boulimique, tout ça pour ça …. franchement, ça n’en valait pas la peine !

lorsque les emotions declenchent des envies de sucres

Si y a une chose supplémentaire que je peux dire, c’est que le régime se focalise beaucoup trop sur la perte de poids et le nombre de kilos que l’on fait. Bien sûr, quand on est obèse, on est dans une catégorie de personne à risque par rapport à un certain nombre de troubles physiques, le poids est important. Mais en dehors de cette catégorie, la question esthétique ne se mesure pas en terme de poids sur la balance. Car un chiffre ne correspond à rien en terme de silhouette, donc attention à ne pas tout focaliser sur le chiffre affiché sur la balance.

Aby : A travers ton témoignage, on comprend bien qu’il est essentiel de créer un moyen pour perdre du poids qui se fasse non plus dans la frustration et la douleur mais en accord avec son corps, à travers le développement d’un nouveau rapport à la nourriture. Je vois, de mon côté et dans ma démarche d’écoute du corps que cela transforme le rapport à soi de façon positive et constructive, en plus de m’avoir permis, à l’heure actuelle d’avoir déjà perdu dans les 8kg, et de renouer avec moi-même. Contrairement aux régimes qui m’ont à l’inverse toujours renvoyé une image très négative. Le régime va certes nous permettre de perdre du poids rapidement et à court terme, toutefois, il ne va pas nous permettre de transformer notre rapport à la nourriture et de nous transformer de manière durable.

Jaina : Tout à fait. Et je pense qu’il est important de dire que ce travail de recherche de soi, et de confiance en soi, il ne faut pas attendre de faire un régime pour l’entamer. Le régime n’est pas la solution miracle qui va nous transformer intérieurement même si souvent on croit que tout ira mieux une fois que l’on aura perdu du poids.

Si tu souhaites connaitre en détails le témoignage de Jaina, tu peux écouter la totalité de l’interview grâce au podcast audio disponible en haut de l’article.

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